travailler le jour du Seigneur, ce qui est blasphème. Petit à petit, le grand air de la Heine Strasse aidant et mon regard voguant de vitrines en vitrines, j'oublie tout. Le Fluc se trouve tout près de la gare, on y voit passer les Schnellbahn, les trains de banlieues à grande vitesse de Vienne. Clemens y retrouve Vera, sa copine, et deux de ses amies. Même un dimanche, c'est salle comble. Les gens sont plutôt âgés, souvent plus de trente ans, surtout les hommes. Ils viennent y draguer les jeunes femmes en quête d'émotions fortes. Je suis sans aucun doute le plus jeune dans la pièce. Nous prenons les dernières places de libres, des chaises en plastique, en face de la scène. J'aime le lieu, j'aime cette ambiance, je sais que je vais pouvoir y croiser des personnages. Plusieurs fois par semaine, le bar accueille un groupe, parfois même il ouvre sa cave et se transforme en boîte comme m'explique une amie de Vera. Apparemment, si j'ai bien compris son explication, la cave est un ancien accès à une rame de métro. Ce soir, c'est juste un chanteur, Der Schwimmer, qui, malgré la qualité inégale des chansons, évite de couler à pic. Ses Converses vertes me font sourire et me paraissent en décalage avec son âge. Il arrête le concert trop vite et les "Zugabe" répétés ne le font revenir que pour quelques notes au synthétiseur. Ensuite, j'aime l'homme qui vend les Cds, cheveux longs et barbe foisonnante avec un sourire qui ressemble à celui d'un jeune garçon heureux et naïf. Une dernière photo de l'extérieur du Fluc et nous rentrons. Vera me demande en souriant si je fais une analyse ethnologique des autrichiens. Je sais bien comme Lévi-Strauss que toutes les civilisations se valent mais, tout de même, avec le Fluc ce soir, les Autrichiens ont gagné quelques points.
Après Vienne, une année de chocolat viennois et de pâtisseries de toutes sortes, voilà Paris. A nouveau, déguster ou même parfois se baffrer
mais, surtout, tout goûter. Arpenter les arrondissements, rôder dans les petites rues à la recherche du meilleur endroit. Continuer à être objectif. Oser caresser avec délice l'absolu. Pour cela,
il faut des critères évidents, clairs, nets, précis, réduits. Il faut, le temps d'une dégustation, réussir à devenir un ordinateur, une simple machine à papilles.
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Les palais de Luxure
Donau
Fluc
B 72
Les lointains pèlerinages
Tate Modern Restaurant (London)