Gasthaus zu eisernen Zeit

Publié le par Ulysse

Il était une fois un pub. Depuis 1916. Au milieu de Naschmarkt. Cerné par les japonais mais Quentin n'aime pas. Ce sera goulasch alors. D'extérieur cela ressemble à un gros pigeonnier. Nous entrons, attirés par les plats du jour avant de nous rendre compte que c'est seulement le midi. Le lieu est une oeuvre où le temps s'est arrêté. Le regard ne sais plus où poser ses yeux. Vers le comptoir ? Vers l'affiche de l'aigle qui se bat avec une choppe de bière à la main ? "Pilvovar Velké Popovice !"  hurle-t-il pour vanter la Velkopopovicky Kozel. Vers les gros rideaux rouges qui encadrent l'entrée ? Vieux, usés, pelotonnés de partout avec sans doute plus de puces que dans la barbe du gardien de la Porte de la Loi de Kafka. Vers le faux tableau flamand d'un homme souriant et ivre, un verre de vin en étendard ? Vers ma gulaschsuppe pleines de morceaux de viandes et de patates tellement relevées et chaudes qu'il faut boire et boire encore de la Krügerl pour s'apaiser le gosier ? Ou plutôt vers les gens, chaque table est un tableau. A côté de nous, joue une jeune fille aux cheveux rouges avec un homme dont la tête nous fait peur. Ils accumulent les verres de vin blanc et déplacent un pion tous les dix minutes. Deux femmes, la quarantaine bien tassée, sont assises côte à côte et rient avec leurs bouches édentées de clochardes. Des vieux qui battent les cartes et nous jettent un regard corse quand nous entrons. Deux femmes, la quarantaine chic, discutent avec un vieux loup de mer. Ils n'ont pas l'air de se connaître. Cela sent le speed dating puis la partouze. Deux hommes bien habillés les rejoignent puis ils se séparent tous laissant le marin à ses rêves de sirènes. Une première serveuse qui travaille et une autre qui fait l'animation. Elle discute, se colle aux gens et à nous, nous devons lui faire le baise main quand elle part. Elle chante d'une voix magnifique. La Castafiore peut aller réviser ses gammes à Moulinsart. Et nous, petits français, qui râlons sur un cours de Politische Ökonomie International où nous n’avons compris que ces trois mots, apportons une touche d’exotisme et complétons le tableau. Peinture à l’eau qui chaque jour s’efface à l’heure de la fermeture vers 22H30 avant, peut être, de se renouveler le lendemain. Toutefois, ce n'est pas vraiment une pâtisserie viennoise alors je ne m'attarde pas dessus.


Les notes :

Le chant de la serveuse : 19/20 « Ah ! je ris de me voir serveuse dans ce mouroir »

Le prix : 4/20 Ils font payer le pain qu’ils apportent automatiquement, et hop ! une petite surtaxe de trois euros. Dommage.

Le décor : 20/20 C’est typique en étant différent des autres. Cela existe pour soi et en soi et il faut le voir. Mention spéciale aux toilettes, propres, avec des bouteilles vides de bière ou de vin un peu partout.

L’actualité mondiale : 2/20 Les cours ont repris, c’est le début de la fin.

 Le sourire de la serveuse : 15/20 Elle répondra à vos avances et vous en serez quitte pour un baise-main.

Publié dans Vienne

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