A peine la préparation de l'exposé est-elle terminée que nous nous séparons et je me retrouve près de l'Albertina, allongé au bord de l'eau douce d'une fontaine. J'attends
Cécile et deux de ses amis de
Sciences Po, Isabelle et Laurent en Erasmus dans d'autres pays de l'Est. Je voudrais à
mon oreille les murmures des tableaux de Picasso enfermés dans le musée voisin mais il y a trop de bruits. Chaud, trop chaud. La journée est à peine entamée mais tout le monde est presque nu
déjà. Les voilà ! Direction le Rosenberger à la demande d'Isabelle qui a lu la bonne appréciation du Routard . Une qualité limite, trop cher, que des touristes ou des vieux,
une sorte de Flunch de
luxe au centre de Vienne, je n'aime pas. Je ne
prends rien, je m'y refuse et je picore seulement dans l’assiette de Cécile. A part notre Varsovienne qui n'ose pas se désavouer, mes camarades font plutôt la moue. Ainsi,
Rosenberger n'aura pas le droit à un article juste une petite référence pour vous supplier, amis voyageurs, d'écarter votre chemin de ce lieu sans intérêt. Au contraire, il
faut accélérer le temps, oublier le passage à Schonbrünn et directement, téléportation, arriver au soir tout près de Schottenring. Le Flex. Je suis arrivé à Vienne,
j’ai rencontré Rosie qui m’a hébergé et qui m’a dit : "Va au Flex." J’ai croisé Thomas qui m’a aidé et qui m’a dit : "Va au Flex." Enfin, j’ai plu à Clemens qui est devenu mon
colocataire et qui m’a dit aussi : "Va au Flex." Le lieu de sortie de la ville pour les jeunes et les autres. Au bord du canal du Danube. Descendre les marches, être sur un
quai, passer les vigiles qui boivent des bières, regarder les bancs où des jeunes s’étendent paresseusement et entrer dans la boîte. Il est déjà deux heures du matin, les esprits ont trop bu.
Le jeudi c’est soirée drum’n’bass mais je préfère le mercredi ou le vendredi. London Calling. Même si, au dire de Diégo, les groupes qui passent sont parfois "des lopettes anglaises qui
jouent du baby punk comme des pieds ." 6 euros l’entrée, c’est le prix de l’oubli, pour entrer dans ce lieu de débauche dans le sens où cela permet "d'arriver à l'inconnu par le
dérèglement de tous les sens" comme l’écrit Arthur Rimbaud dans une de ces lettres à Izambard. Détour par les toilettes et débauche de nourriture. Les murs sont emplis de bonbons par
milliers, de toutes marques et de toutes sortes ce qui me donne faim mais de l’aveu d’autres donne parfois envie de vomir aussi. La salle n’est pas très grande et est contre le métro, on
l’entend presque passer en début de soirée si la musique s’arrête. Là, le son est trop fort, on ne peut plus rien voir, juste se retirer avec soi-même et danser jusqu’à en mourir dans
l’atmosphère enfumée. Ressentir. Tout oublier. Je est un autre. Si j’interroge mes amis sur le Flex, car il faut parfois laisser la parole aux autres, voilà ce que certains d’entre eux
répondent. Pour Cécile, "c’est le quartier général des drogues de Vienne avec une ambiance de je vais mourir ce soir par la débauche et le plaisir de perte de soi."
Pour Antoine, "les bouchons sont obligatoires car la directive européenne sur la pollution sonore n'est pas vraiment respectée." Milena trouve que "les basses sont tellement fortes
qu’elles font vibrer
l’œsophage à en vomir." Diégo, lui, aime le Flex,
c’est "une station de métro où une seul ligne passe et repasse: "Sehr geährte Fahrgäste, wir bitten Sie ihren sitzplatz anderen personen zu überlassen wenn sie in Crise d'Epilepsie nicht
mehr tanzen können. Nächtes station: Beat It", les lois sur les stupéfiants n'y ont pas cours, underground et metropolitain sont des qualificatifs qui iraient mieux à cette station désaffectée
que U-bahn, et le ticket coûte 6 euros, pas de correspondance possible." Après cet éloge, il faut blâmer un petit peu. Le Flex, tout le monde y va, tout le monde connaît, même le site de
la ville de Vienne affirme que c’est une des meilleures boîtes du monde, alors, petit à petit, cela va s’aseptiser, les prix vont augmenter si ce n'est pas déjà fait. J’imagine que les
premières boîtes underground de Berlin Est vivent le même problème. Un jour, il faudra fuir. Vers le Fluc-Wanne ?
Les notes :
Le lieu ( Antoine) : 18/20 "non moi je dirais que j'ai toujours rencontré des gens bien cools et que c'est un peu "on arrive a trois on repart à 10" , les videurs sont vraiment
sympas et tu peux te taper un fix en toute tranquillité appuyé sur le bar, ça jure un peu avec l'idée qu'on se fait de Vienne mais tout en étant assez aseptisé, relativement cher.
"Alternativement cool", on pourrait dire."
La garderobe (Diégo) : "bien pratique par 2° dehors et 35° + 140 décibels dedans, tenue par des héroïnomanes pas toujours retraités, travail lentement efficace. A noter : ne pas lever
les yeux vers l'écran LCD à défilement ultra rapide, au risque d’être scotché, hypnotisé. 1 euro par cintre... et pas par manteau sur le cintre."
Alcoolisme (Cécile) : 18/20 "Sans alcool, tu ne survis pas."
PS : je laisse à Diégo le soin d'assumer son allemand tout personnel et la vidéo n'est pas de moi mais montre bien l'ambiance du Flex même si elle manque de gens couverts de tatouages et de piercings.
Après Vienne, une année de chocolat viennois et de pâtisseries de toutes sortes, voilà Paris. A nouveau, déguster ou même parfois se baffrer
mais, surtout, tout goûter. Arpenter les arrondissements, rôder dans les petites rues à la recherche du meilleur endroit. Continuer à être objectif. Oser caresser avec délice l'absolu. Pour cela,
il faut des critères évidents, clairs, nets, précis, réduits. Il faut, le temps d'une dégustation, réussir à devenir un ordinateur, une simple machine à papilles.
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